Votre médecin vous prescrit une prise de sang et, sur le résultat, une ligne attire votre attention : ALAT (ou SGPT) au-dessus de la normale. Avant de paniquer, il faut comprendre ce que cette enzyme raconte sur votre foie, et surtout pourquoi certains médicaments obligent à la surveiller de près.
ALAT SGPT : ce que cette enzyme révèle sur les cellules du foie
L’alanine aminotransférase (ALAT), encore appelée SGPT sur les anciens bilans, est une enzyme logée principalement dans les cellules hépatiques. Son rôle : aider à transformer les protéines en énergie utilisable par l’organisme.
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Quand les cellules du foie sont abîmées ou enflammées, elles libèrent cette enzyme dans le sang. Un dosage sanguin élevé ne signifie pas forcément une maladie grave. Il signale que le foie subit une agression, qu’elle soit passagère ou installée.
Plusieurs situations font grimper les ALAT sans qu’un médicament soit en cause : une hépatite virale, une consommation excessive d’alcool, une stéatose hépatique (le fameux « foie gras »), ou encore un effort physique intense la veille du prélèvement. Un taux élevé isolé ne suffit pas à poser un diagnostic. C’est la répétition du dosage et le contexte clinique qui orientent le médecin.
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Médicaments hépatotoxiques : lesquels imposent un contrôle des transaminases
Certains traitements sont connus pour provoquer ce qu’on appelle une DILI (drug-induced liver injury), autrement dit une lésion hépatique d’origine médicamenteuse. Le problème, c’est que cette toxicité reste souvent silencieuse pendant des semaines, parfois des mois.
Vous prenez un traitement au long cours et personne ne vous a prescrit de bilan hépatique depuis le début ? C’est une question à poser à votre médecin généraliste.
Le cas du léflunomide en rhumatologie
Le léflunomide (commercialisé sous le nom ARAVA) est prescrit dans la polyarthrite rhumatoïde. Les recommandations officielles imposent un contrôle des ALAT avant le début du traitement, puis une surveillance régulière. Si les ALAT dépassent deux fois la limite supérieure de la normale, le médecin doit adapter la posologie ou interrompre le médicament.
Tolebrutinib et sclérose en plaques : un calendrier strict
Pour le tolebrutinib (Cenrifki), un traitement récent de la sclérose en plaques, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a défini un calendrier de surveillance très précis des transaminases et de la bilirubine :
- Dosage avant l’initiation du traitement pour établir une valeur de référence
- Contrôle hebdomadaire pendant les douze premières semaines de traitement
- Puis contrôle mensuel du quatrième au douzième mois
- Enfin, tous les six mois entre le douzième et le vingt-quatrième mois, puis surveillance périodique selon l’évolution
Ce niveau de suivi peut paraître contraignant. Il reflète un risque réel de toxicité hépatique significative. Après une interruption de traitement liée à une élévation des transaminases, la surveillance hebdomadaire reprend depuis le début.
Agonistes du GLP-1 et bilan hépatique
Les agonistes du GLP-1, de plus en plus prescrits dans le diabète de type 2 et la prise en charge de l’obésité, font aussi l’objet d’une attention particulière. Le médecin peut demander un dosage des transaminases avant la prescription pour vérifier l’état hépatique initial, notamment chez les patients présentant déjà une stéatose.

Seuils ALAT et décisions médicales : quand le médecin doit agir
Un résultat de transaminases légèrement au-dessus de la norme ne déclenche pas automatiquement l’arrêt d’un traitement. Les médecins raisonnent en multiples de la limite supérieure de la normale (LSN).
Pour le léflunomide, par exemple, un taux d’ALAT dépassant deux fois la LSN justifie une réduction de dose ou un arrêt. Pour le tolebrutinib, l’EMA prévoit des paliers encore plus détaillés avec reprise de la surveillance rapprochée à chaque réintroduction.
Le médecin généraliste ou le spécialiste ne regarde jamais un chiffre isolé. Il compare avec le dosage précédent, cherche une tendance (hausse progressive ou pic brutal) et tient compte du contexte : prise d’alcool récente, nouveau médicament ajouté, fièvre, douleurs abdominales.
Quand demander vous-même un contrôle SGPT à votre médecin
La plupart des patients attendent que leur médecin prescrive un bilan. Dans certaines situations, prendre l’initiative de la conversation est légitime.
- Vous débutez un traitement connu pour sa toxicité hépatique (immunosuppresseurs, certains anti-inflammatoires, antiépileptiques, statines à forte dose) et aucun bilan initial n’a été réalisé
- Vous prenez plusieurs médicaments métabolisés par le foie en même temps, ce qui augmente la charge hépatique
- Vous ressentez une fatigue inhabituelle, des nausées persistantes ou un jaunissement de la peau ou des yeux (ictère), même discret
- Vous consommez régulièrement de l’alcool tout en suivant un traitement au long cours
Un dosage des ALAT est un examen simple, peu coûteux, réalisé sur une prise de sang classique. Votre médecin généraliste peut le prescrire sans difficulté. Le refuser serait surprenant si vous avez un facteur de risque identifié.
Fréquence de contrôle selon le profil
Pour un patient sans facteur de risque particulier qui prend un médicament à faible potentiel hépatotoxique, un contrôle annuel dans le cadre d’un bilan standard suffit généralement. Pour un patient sous traitement à surveillance renforcée comme le tolebrutinib, le calendrier est dicté par les recommandations officielles et ne se négocie pas.
Entre ces deux extrêmes, le médecin adapte la fréquence au profil individuel : antécédents de maladie hépatique, âge, polymédication, consommation d’alcool.

Élévation des transaminases sous traitement : ne pas confondre alerte et urgence
Une élévation modérée des ALAT sous médicament ne signifie pas que votre foie est en danger immédiat. Environ un tiers des patients présentant des tests hépatiques perturbés retrouvent des valeurs normales lors du contrôle suivant, sans aucune modification de traitement.
La vraie alerte, c’est la combinaison d’une hausse marquée des transaminases avec d’autres signaux : augmentation de la bilirubine, chute du taux de prothrombine, douleurs sous les côtes droites. Dans ce cas, le médecin oriente rapidement vers une consultation spécialisée en hépatologie.
Surveiller ses ALAT quand on prend un traitement au long cours relève du bon sens médical, pas de l’anxiété. Le dosage des transaminases reste l’un des outils les plus accessibles pour détecter une souffrance hépatique avant qu’elle ne devienne irréversible. La question à poser lors de votre prochaine consultation est simple : mon traitement actuel justifie-t-il un contrôle régulier des transaminases ?

